A Bruxelles, la logistique fait partie de la centaine de professions pour lesquelles les employeurs peinent à recruter. Ce secteur est largement dominé par les hommes. A 47 ans, Christel a pourtant choisi de s’y reconvertir.
A l’intérieur de ce grand entrepôt à Haren, tout est en mouvement. Des chariots élévateurs chargés de palettes empilées circulent entre les rangées d’étagères métalliques, tandis que le bruit des scanners rythme la journée. Christel, en gilet fluorescent, va et vient dans ce grand hangar. Elle est magasinière polyvalente chez BD Logistics depuis un ans et demi. Elle alterne entre préparation de commandes, rangement des stocks et conduite d’engins. « Je ne sais jamais exactement ce que je vais faire quand j’arrive, et c’est ça que j’aime : chaque journée est différente », explique-t-elle. Ici, chaque zone a sa fonction : réception des marchandises, stockage, préparation des commandes, expédition. Tout est pensé pour que les colis circulent le plus efficacement possible.
Depuis la cabine d’un chariot à mât rétractable, Christel manœuvre l’engin avec précision. La machine s’élève lentement, la fourche glisse sous la palette et dépose la charge plusieurs mètres au-dessus du sol, parfois à 8 ou 10 mètres de hauteur. « J’adore la conduire », sourit-elle.
« C’est un peu une fierté parce qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui le font. » L’ambiance dans l’entrepôt participe à son enthousiasme. Très vite, Christel s’est sentie intégrée et acceptée dans l’équipe, sans distinction de genre. Elle reconnaît cependant que le travail peut nécessiter
un coup de main : « C’est vrai qu’il nous manque parfois un peu de muscles, ou quelques centimètres. Mais il suffit de demander de l’aide. » Elle ajoute : « Quand j’ai commencé à travailler avec l’équipe de l’entrepôt, composée presque uniquement d’hommes, l’entraide s’est installée naturellement. Maintenant on rigole, on mange ensemble… »
Même au milieu des palettes et des machines imposantes, la magasinière garde toujours une touche de féminité. Dans son pull rose pâle et son vernis soigneusement appliqué, elle confie en souriant : « Même si je fais ce métier, je n’ai pas forcément envie d’être en habit super large et de tout cacher ». Une manière pour elle d’affirmer que sa féminité ne pose aucun souci par rapport à ses conditions de travail.
Les métiers techniques ou industriels largement masculins
Dans l’entrepôt, les femmes restent rares. Sur une trentaine d’employés, elles sont à peine cinq. Une situation qui reflète une tendance plus large. « Certains secteurs restent très stéréotypés », explique Caroline Van Wynsberghe, l’analyste du marché de l’emploi chez Actiris. « Les métiers techniques ou industriels sont encore largement masculins. » Durant sa formation, Christel était la seule femme de son groupe. « C’est vrai que les femmes se font un peu rares dans ce secteur là », confie-t-elle.
Ici, la logistique ne laisse aucune place à l’improvisation : concentration, rigueur et logique sont indispensables pour manipuler les palettes. Mais pour Christel, il a fallu un peu plus que ça. « Au début il faut un petit peu montrer de quoi on est capable. Montrer que ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne sait pas y arriver, qu’on ne sait pas décharger un camion ou conduire un engin. » Elle se souvient d’une rencontre avec un chauffeur un peu sceptique. Ce dernier refuse qu’elle décharge son véhicule et lui fait comprendre qu’il attend le magasinier. Christel, sans se laisser intimider, lui répond : « Aujourd’hui c’est une magasinière qui va décharger votre camion ». Sans détourner le regard, elle se met au travail et, en quelques minutes, le camion est vidé. « Il a bien vu que j’en étais capable », sourit-elle. Une petite victoire qui illustre sa détermination à s’imposer dans ce secteur.
Pour la magasinière, le frein n’est pas du côté des employeurs mais dans la perception du métier par les femmes elles-mêmes. Elle constate que peu d’entre elles osent franchir le pas : « Elles se disent qu’elles n’en sont pas capables ou bien que ce n’est pas un métier fait pour
elles. Mon parcours prouve que les femmes sont tout aussi capables qu’un homme ».
« Beaucoup plus de femmes qu’à mon époque »
Du côté d’Actiris, on confirme le constat : « La question n’est pas seulement de savoir si les entreprises recrutent des femmes, mais si celles-ci pensent à s’orienter vers ces métiers ». Derrière cette hésitation, se cachent plusieurs obstacles : les stéréotypes de genre, les responsabilités familiales, et l’organisation du travail en lui-même. Des barrières qui freinent encore l’accès des femmes à certaines professions.
Pourtant les mentalités évoluent doucement : « J’ai remarqué que dans les nouvelles formations, il y avait beaucoup plus de femmes qu’à mon époque. En un an et demi, on voit quand même une évolution », note Christel. Elle espère que son parcours pourra inspirer d’autres femmes à se tourner vers des métiers traditionnellement plus masculins. « Je fais ça pour promouvoir le secteur et montrer que si moi j’en suis capable, d’autres femmes le sont aussi », confie-t-elle. Sa trajectoire rappelle que certains secteurs, comme la logistique, offrent aujourd’hui de réelles opportunités aux femmes, et encourage à dépasser les stéréotypes.
Source : https://www.lalibre.be/belgique/societe/2026/04/12/les-femmes-se-font-rares-dans mon-metier-une-fois-jai-du-tenir-tete-a-un-chauffeur-de-camion-parce-quil-voulait-laide-dun homme-A44EY7STMRAQ5LDFP4NPJCLN24/