• Accueil
  • Articles
  • BeCode : "Faire de l’impact, cela demande des moyens" (La Libre)
Publié le 09/02/2026

Active depuis près de dix ans, l’école bruxelloise de codage a entamé, le 3 février, un « bootcamp » centré sur l’intelligence artificielle, la science des données et la cybersécurité. Nous en avons profité pour rencontrer les protagonistes de cette formation de sept mois.

Mardi 3 février. La première journée de la formation en intelligence artificielle et cybersécurité organisée par BeCode, en partenariat avec Bruxelles Formation, touche à sa fin dans les locaux de la Gare Maritime. Les quarante « apprenants », répartis en deux classes, sont à pied d’œuvre depuis le début de la matinée. « La formation a lieu de 9 à 17 heures, du lundi au vendredi, durant sept mois. C’est de l’intensif », dit Jean-Benoît Van Bunnen, nouveau CEO de l’école de formation aux métiers du numérique BeCode. Depuis le 1er février, cet ancien cadre de Microsoft a pris la succession de Béatrice de Mahieu, partie chez Finance & Invest Brussels, en duo avec Louis de Viron, le « Head of tech & pedagogy » de BeCode.

Fernand, Paola et Sofiane s’extraient quelques instants de leur classe pour nous expliquer ce qui les a amenés à poser leur candidature à la formation « Artificial intelligence & data science » (la formation se donne en anglais). « J’ai découvert le codage en autodidacte, raconte Fernand, 25 ans. J’avais déjà suivi une première formation, de quelques semaines, chez BeCode sur le numérique. Cela m’a plu et j’ai voulu approfondir mes connaissances en IA. »

Paola, âgée de 33 ans, est en reconversion professionnelle. « J’ai un master en sciences politiques. Avant de m’inscrire à ce bootcamp de BeCode, j’ai fait une préformation en Javascript, mais c’est un domaine vraiment nouveau pour moi, confie la jeune femme. Ce que
j’aime, c’est l’analyse des données. C’est une compétence qui est devenue importante dans de nombreuses professions. » Sofiane est, lui aussi, en reconversion professionnelle. Son dernier job ? Un passage au SPF Finances. « J’ai démissionné assez rapidement pour m’orienter vers la science des données et l’IA. Le secteur est en plein essor et je me suis dit il y avait peut-être un train à prendre, même si je n’ai que quelques bases en langage Python. »

On n’apprend plus (seulement) à coder

Tous les trois disent avoir opté pour la formation de BeCode en raison de la gratuité du programme, mais aussi pour l’approche pédagogique. « On ne va pas nous apprendre seulement le codage, comme cela se fait encore dans certaines écoles. La formation va nous
apporter des bases techniques sur l’algorithmique, mais aussi des connaissances sur les data (traitement, nettoyage, analyse, etc.) et des aptitudes à travailler en entreprise (esprit d’équipe, résolutions de problèmes, prise de parole en public) », expliquent ces trois demandeurs d’emploi inscrits chez Actiris.

Que ce soit pour la classe IA ou celle dédiée à la cybersécurité, la promesse de BeCode et Bruxelles Formation est bien celle-là. « Pour la formation en IA, indique Louis de Viron, on met un gros focus sur la donnée. On part de l’acquisition des données pour aller jusqu’au
traitement et à l’analyse, pour aboutir à la modélisation. Cette phase-là dure trois mois. Ensuite, les apprenants vont se spécialiser dans un des champs de la donnée. L’objectif, au terme des sept mois, est d’avoir différents profils – data analysts, data engineers, data scientists – capables de répondre aux besoins des entreprises. »

Un tiers de femmes

Si aucun diplôme n’est requis pour prendre part à ce « bootcamp », les chercheurs d’emploi sélectionnés ont dû passer une épreuve technique (lecture d’un script en langage de programmation Python) et de personnalité. « Il s’agit surtout de tester leur motivation, explique Jean-Benoît Van Bunnen. Ont-ils vraiment envie de suivre cette formation intensive ? Savent-ils à quoi ils s’engagent ? Comme le jury de sélection se passe en anglais, on peut aussi vérifier leur niveau. » BeCode met aussi un soin particulier à attirer des femmes dans ses programmes IA et cybersécurité (deux domaines qui restent très masculins). Avec un certain succès, d’ailleurs, puisque le taux moyen de participation des femmes s’élève à 34 %, alors qu’il est d’à peine 18 % dans le secteur belge des technologies de l’information (IT).

À la demande de Bruxelles Formation et des autres partenaires avec lesquels BeCode collabore, le programme joue aussi pleinement la carte de la mise en contact avec le monde de l’entreprise. « Durant la formation, on confronte les apprenants à des cas concrets soumis, lors de briefings, par des entreprises, détaille Louis de Viron. Ils travaillent dessus pendant deux semaines, encadrés par nos coachs, et vont ensuite les présenter aux entreprises. »Pour ces dernières, c’est l’occasion de repérer de futurs talents à qui elles pourront proposer un contrat d’emploi ou une offre de stage.

La (re)mise à l’emploi comme priorité

Du côté de Bruxelles Formation, la présence des 40 apprenants dans l’un de ses centres est un plus. « Pour ce nouveau bootcamp, une de nos
conseillères a un contact direct et régulier avec les coachs de BeCode et les apprenants. Cela permet de créer, d’emblée, un lien entre la formation et la (ré)insertion sur le marché de l’emploi », souligne Nicolas Radoux, directeur de pôle. Car, si BeCode collabore avec Bruxelles Formation depuis 2022 (dans le cadre de l’attribution de marchés publics), c’est pour un objectif bien précis : la mise à l’emploi. « On obtient de bons résultats », affirme M. Radoux, sans pour autant donner de chiffres sur le taux de (ré)insertion des personnes ayant suivi la formation de BeCode.

« Le taux de satisfaction de nos clients par rapport aux personnes formées par BeCode est de 90 % ! assure Kristof Lambert, CEO d’Accenture en Belgique et au Luxembourg. C’est supérieur à celui des jeunes diplômés que nous recrutons sur le marché de l’emploi. Les profils formés
chez BeCode sont plus hybrides car ils combinent hard et soft skills. Nous sommes d’ailleurs en train de négocier le renouvellement de notre partenariat (actif depuis 7 ans, NdlR). » Kristof Lambert se dit convaincu par la valeur ajoutée des formations organisées par BeCode avec
Bruxelles Formation. »Elles sont très importantes car elles permettent de démocratiser la connaissance et l’accès des demandeurs d’emploi à l’IA et à la cybersécurité. Aujourd’hui, ce ne sont plus des domaines de niche réservés aux universitaires ou aux nerds (passionnés d’informatique, NdlR). Ils touchent tout le monde. »

Mise en cause par d’anciens collaborateurs (qui ont fait les frais ces derniers mois de la liquidation de l’ASBL au profit d’une SRL), la direction de BeCode dément l’accusation selon laquelle elle aurait tourné le dos à l’impact sociétal et à l’inclusion sociale. « Les subsides
publics et le sponsoring privé dont BeCode bénéficiaient à ses débuts, en 2017, ont fortement diminué au fil du temps. Il a fallu redéfinir notre proposition de valeur. Aujourd’hui, on avance sur deux jambes : le public et le privé. On fait payer des services de formation aux entreprises privées et on réinvestit les gains pour continuer à proposer des formations gratuites aux demandeurs d’emploi. Je vais être un peu directe mais pour faire de l’impact et de l’inclusion, cela demande des moyens financiers. »

Pierre-François Lovens

 

Partager cette page